Les garçons comme vous, à vouloir me promettre tant de
choses si je promettais avant eux,
les garçons comme vous, quelques petits épargnants de
l'amour, ne sachant trop s'ils doivent tout miser ou se
réserver pour des épouses comme votre Joséphine,
les garçons comme vous, sans force,
vous n'imaginez pas combien j'en ai vus, combien j'en ai
entendus, combien tard dans la nuit sont venus me faire
leurs adieux émus, espérant lâchement que je leur céderais
encore à cet instant ultime.
Vous n'imaginez pas.
Lui, là mon mari, l'homme avec qui je décidai de partager
la vie,
et elle fut difficile et elle le sera plus encore, de plus en
plus, je ne l'ignore pas,
lui, là, mon mari, il est venu vers moi, un jour un peu
ridicule, un peu emprunté comme il le fut toujours,comme
il l'a toujours été,
un peu vulgaire aussi, pourquoi non ?
lui,
il est venu vers moi et il m'a demandé vraiment.
Vraiment , je ne saurais pas mieux dire.
Il m'a dit qu'il m'aimait.
Si seulement... Tellement de choses.
Jean-Luc LAGARCE:
"Nous, les héros"